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Thelma

Il était 19 heures à la bibliothèque droit-lettres. Je faisais partie des rares étudiants à travailler encore si près de la fermeture, dans un silence troublé par quelques soupirs de lassitude résignée. Les hautes fenêtres de la salle laissaient apercevoir les arbres supportant leur première neige, baignés dans une nuit troublée uniquement par de persistants lampadaires. De temps à autres, une personne sortait à grand fracas de talons, laissant derrière elle une atmosphère d’autant plus pesante. Un papier tomba au sol sous l’effet d’un courant d’air inexistant, comme s’il souhaitait s’échapper de cet endroit figé. Mes travaux dirigés me parurent soudain haïssables, mais je me forçais à continuer de lire les nombreuses pages bleues.

Brisant une nouvelle fois ma concentration, quelque intrus se risqua à entrer dans ce sanctuaire des recherches et de l’ennui. Non que la bibliothèque ne fut pas agréable le soir, mais ce jour-là le moindre bruit me plongeait dans une rêverie des plus gênantes pour l’avancement de mes devoirs. L’observant malgré moi, je remarquai que le nouveau venu faisait partie de mon groupe de travail. Il se nommait Victor, et depuis le début de l’année sa personnalité composait l’énigme la plus discutée de l’amphi. D’un naturel discret il ne parlait quasiment jamais, ne semblait pas avoir un seul ami à la fac, mais ses premières notes s’étaient répandues comme une traînée de poudre : ce type était un véritable génie. Néanmoins, ses relations avec le reste des étudiants ne s’étaient pas améliorées au fil des semaines, et parfois je me disais que le pauvre avait l’air d’une âme en peine quand il errait tout seul dans les couloirs, même s’il ne paraissait pas en quête d’une amitié particulière.
Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque ce soir précis de Novembre il se dirigea vers ma table ! Je sentis ma curiosité s’éveiller, espérant de tout coeur qu’il ne fuirait pas une conversation.
– Bonsoir Victor, lançai-je un peu comme un hameçon.
– Bonsoir, que fais-tu ici à cette heure indue ?
– Je termine les TD pour demain. Et toi ?
– Oh, je voulais juste vérifier un point dans un manuel - rien de bien long - avant de retourner chez moi.
– Je vois.
Ne sachant quoi ajouter, et ne voulant pas m’attirer les foudres d’une documentaliste en discutant, je plongeai à nouveau dans mes notes. À peine avais-je lu deux mots que je me maudis pour ma maladresse. Pourquoi n’avais-je pas continué à parler ? Les sujets ne manquaient pas pourtant ! Avant que je puisse me rattraper, il me fila entre les doigts. En deux enjambées, il atteignit une étagère où il prit un livre qu’il se mit à feuilleter comme s’il le connaissait de bout en bout, un petit sourire aux lèvres. À demi écoeurée, j’abandonnai toute idée de dialogue. Enième retour vers les feuilles azur.

Dix minutes plus tard, une main se posa sur mon épaule. Je sursautai involontairement, manquant renverser ma trousse que je saisis au dernier moment. À nouveau, Victor, qui se pencha vers moi pour ne pas faire trop de bruit :
– Tu as presque fini, non ?
Quelle agréable voix chaude. Dommage qu’il ne parle pas plus souvent.
– Euh, oui. C’est la dernière page. Pourquoi ?
– Si tu veux au lieu de prendre le tram, je peux te ramener chez toi, ma voiture est garée sur le parking.
Reposant ma trousse délicatement sur la table, je me forçai à réfléchir. Soit, je connaissais à peine le jeune homme en face de moi, il faisait nuit, froid, et le campus était particulièrement désert. D’un autre côté, cela faisait des mois que tout l’amphi s’évertuai à lui arracher une phrase ou deux, alors qu’il était venu me voir moi, de lui-même, sans que je fasse quoi que ce soit. L’occasion était trop belle pour la laisser passer. Qu’allais-je donc décider ? Ne sachant quoi répondre, je me tournai vers lui. Son expression me parut alors si dénuée de malice que je cédai.
– Bon, d’accord, je range mes affaires et je te suis.
Son visage s’illumina, contrastant étrangement avec les regards fatigués des autres occupants de la bibliothèque. Je secouai la tête pour m’enlever cette impression dont je ne perçus pas le sens.

Quelques instants me suffirent à fermer mon sac et m’emmitouffler dans mon manteau d’hiver. Nous sortîmes sans nous presser de la grande salle; après tout, il n’était pas si tard. Déjà dans les escaliers, je me mis à regretter mon choix : qu’avais-je donc dans la tête pour accepter quelque chose de Victor ? Tout était trop parfait, trop calculé, ou peut-être imaginai-je des ennuis où il n’y en avait pas. Toujours est-il qu’il ne me laissa pas le loisir de réfléchir un instant de plus sur ma décision.
– Tu travailles souvent ici en soirée ?
Amorce classique. Je décidai de jouer le jeu, advienne que pourra.
– Oui, c’est trop bruyant durant la journée, impossible d’y apprendre un cours convenablement.
– Mmmh, c’est vrai.
Craignant qu’il ne se renferme dans son mutisme habituel, j’enchaînai immédiatement, un peu gauchement, il est vrai.
– Tu n’as pas beaucoup d’amis dans l’amphi. C’est volontaire de ta part ? Tu lies plutôt contact facilement.
– Je suppose que la plupart des gens focalisent sur mes résultats et ne voient en moi qu’un auxiliaire capable de résoudre leurs devoirs à leur place. Cela ne me dérange de toute façon pas d’être seul, mon caractère s’y prête et je m’en accommode sans mal.
– Il n’empêche que tu passes pour quelqu’un de bizarre et de mystérieux.
– Vraiment ? Tant mieux, ce n’est pas une réputation détestable.
Il restait évasif dans ses réponses, entretenant un brouillard autour de sa personne qui ne me rassurait pas le moins du monde. De peur de le vexer, je n’osai néanmoins pas aborder des sujets plus personnels.

Nous arrivâmes finalement dehors, où un vent glacial nous accueillit. À une cinquantaine de mètres, un tram s’éloigna dans son sifflement habituel au combien énervant. J’eus le net sentiment que le véhicule m’expliquait clairement que ce soir, il faudrait que je me passe de lui. Bien que cela semble totalement absurde, je le sentais me mettre au défi de refuser la proposition de Victor. Lui, très calme, eut le tact de ne pas remarquer mes coups d’oeil pleins d’espoir vers les rails, qui malgré de ferventes prières, n’amenèrent aucune autre chenille métallique pour me secourir.
Un peu prise au piège, je fis un grand sourire à Victor que j’étais loin de ressentir, et celui-ci me montra d’un geste élégant le chemin à suivre. À peine m’étais-je engagée dans la direction indiquée que sa voix brisa la chanson plaintive du vent.
– Il n’y a pas que moi qui suis mystérieux parmi les étudiants.
Je tournai la tête vers lui, un peu interloquée.
– Par exemple, reprit-il, quelque chose m’intrigue depuis longtemps à ton sujet.
– Quoi donc ?
Je me sentais un peu perdue.
– Je n’arrive pas à comprendre la raison de ta mésentente avec Thelma.
Ce nom me paralysa. Si une chose au monde avait le don de me mettre en colère, c’était cette fille. Je tentai de le faire comprendre très rapidement à mon interlocuteur.
– Ecoute, je suis d’accord pour discuter de n’importe quel sujet avec toi, mais pas d’elle.
– Pourquoi ? s’exclama-t-il presque candidement. Vous avez l’une envers l’autre une haine inexpugnable que je n’arrive absoluement pas à comprendre.
Comment le lui expliquer ? Il avait l’air si naïf. J’ajoutai :
– Il ne t’es jamais arrivé d’en vouloir à une personne au point que son évocation te hérisse ?
– Non.
Mes regrets s’intensifièrent. Il était malheureusement trop tard pour que je songe à revenir vers le tram. Je tirai donc un trait dessus courageusement avant de continuer.
– Thelma et moi nous connaissons depuis la maternelle, et nous nous détestons depuis ce temps-là. C’est tout, il n’y a rien de plus à en dire.
– Ça ne peut pas être tout. Vous avez sûrement une raison de vous disputer sans cesse.
– On ne se dispute pas, on s’évite consciencieusement.
– Cela en revient au même.
– En fin de compte oui, mais c’est moins voyant qu’un conflit ouvert.
– Je ne suis pas de ton avis. Quand vous êtes dans la même pièce la tension est perceptible.
S’adresser à l’une de vous deux signifie forcément choisir son camp. C’est terriblement difficile à vivre !
Il commençait à devenir vraiment agaçant.
– Je doute que tu puisses changer les rapports entre Thelma et moi. Cela fait 15 ans qu’ils sont aussi exécrables, désolée si tu te retrouves au milieu, mais c’est elle qu’il faudra raisonner d’abord si tu souhaites un changement.
Il prit un air contrit.
– Pardon de t’avoir heurtée, ce n’était pas mon intention. Seulement, je trouve qu’il est dommage de se priver d’une amie à cause d’une rancoeur dont personne ne connaît l’origine. Il n’avait pas tort dans le fond. Mais peut-on opposer des arguments logiques à une histoire dans laquelle les sentiments ont une place si importante ? J’étudiai la réplique à lui apporter pour clore définitivement le sujet.
– J’ai été un peu brutale moi aussi. Tu vois, Thelma et moi avons toujours été ensemble. Que ce soit l’école, les loisirs, le quartier, les études universitaires, tout. Je suis persuadée que si je déménageai à l’étranger, elle trouverait un travail dans la même ville que moi. Je crois que cette proximité involontaire a transformé notre inimitié d’enfance en haine farouche. – Vous êtes en quelque sorte inséparables, non ?
Je ne saisis pas immédiatement la pertinence de sa remarque.
– Que veux-tu dire ?
– Eh bien, ne penses-tu pas que cette constante rivalité te motive et te soutient ? Thelma est présente en permanence comme un repère constant dans ta vie. Quoiqu’il arrive, tu peux compter sur cette force.
Tout ceci me plongea dans la perplexité. Inutile de dire que les événements ne m’étaient jamais paru sous cet angle. Thelma soudain muée en béquille descendit de quelques degrés supplémentaires dans mon estime. Avais-je vraiment besoin d’elle pour avancer ? Mais pour qui donc se prenait Victor ? Je me surpris à penser qu’il n’avait aucun droit de démolir mon univers, puis souris intérieurement devant la stupidité de ma réflexion. Tout cela prenait des proportions un peu trop importantes à mon goût. Après tout, Thelma ne méritait pas une telle attention de ma part, n’est-ce pas ?

Absorbée dans mes cogitations – infructueuses au demeurant –, le reste du trajet nous séparant de la voiture de Victor m’échappa complètement. Lorsque j’émergeai, je me vis assise à la place du passager, en train de boucler machinalement ma ceinture. Ne pouvant m’en empêcher, j’abordai à nouveau le point épineux "Thelma".
– Tu donnes à cette fille une place qu’elle est loin d’occuper dans mon existence.
Soudain, j’étais moins convaincue par mes propres paroles.
– En es-tu si sûre ? Vous êtes un miroir l’une pour l’autre, êtes aussi douées et avez des centres d’intérêt similaires.
Je me rebiffai.
– Mais pourquoi insistes-tu de cette manière ?
– C’est toi qui a relancé le sujet.
Je ne pus qu’acquiescer. Sans me regarder – conduite oblige –, il poursuivit.
– Quelle tristesse que votre relation soit si conflictuelle ! Vous feriez un couple indestructible si vous le vouliez !
– J’en doute. N’oublie pas qu’on ne peut pas se voir en peinture.
– C’est bien là le problème. Mais ne t’y trompe pas, cette haine si intense vous unit aussi sûrement qu’une amitié de longue date. Tu as dit toi-même que vous connaissiez chaque souvenir de l’autre !
– Je n’ai pas dit ça. Mais c’est vrai au demeurant, il me faut l’admettre.
La voiture qui s’était arrêtée à un feux repartit. La neige embellissait considérablement la zone commerciale autour de l’université, masquant les contours trop anguleux des bâtiments, uniformisant les couleurs des façades de cette somptueuse couverture blanche, sur laquelle se reflétaient les nombreuses lumières artificielles qui égayaient la ville et la sauvaient de la nuit.

Victor interrompit ma rêverie.
– À partir d’ici, je prends quelle rue ?
J’avais complètement oublié qu’il me ramenait à la maison.
– La troisième à droite après le grand magasin, là-bas.
– D’accord, j’ai compris.
Après mûre réflexion, je décidai d’en finir avec notre discussion. Il n’est rien de plus désagréable que de rester sur sa faim.
– Tu penses sérieusement que Thelma et moi pourrions devenir amies ?
Un petit sourire semblable à celui qu’il arborait à la bibliothèque se dessina au coin de sa bouche.
– Pourquoi pas ? Il ne serait pas si difficile de faire évoluer votre lien en amitié. De toute façon, il ne peut s’avérer pire, je me trompe ?
– Non, pas vraiment.
– Tu n’as donc rien à perdre.
– Effectivement.
– Et finalement à quoi bon se gâcher la vie ? Vous pourriez vous entendre à merveille, tout coïncide.
– J’avoue que tes arguments sont imparables. Mais, ajoutai-je, quelle est ta motivation dans cette affaire ? Que t’importent les relations entre Thelma et moi ? À ce stade, c’est plus que de la curiosité et l’impression d’être pris entre deux feux.
Il inspira un grand coup.
– Non, crois-moi, je me demandais simplement quelle pouvait être l’origine d’une telle haine, mais apparemment elle n’a aucune raison valable d’exister . Vous êtes presque ridicules, tant votre attitude l’une envers l’autre est excessive. Tu devrais aller la voir demain, et lui expliquer tout ça.
Moi hésitante.
– Si vite ?
– Tu préfères attendre ? rétorqua-t-il.
– Non, en fait.
Nous restâmes en silence un moment.
– Est-ce que tu ne penses pas qu’elle va me rejeter ?
– Pourquoi cette question ? Tu voudrais malgré tout éviter de l’affronter et transformer cette partie de ta vie en échec ?
– Tu es dur. Ma vie n’est pas suspendue à Thelma.
– Maintenant que tu connais l’absurdité de votre inimitié, chaque fois que tu la verras notre discussion te reviendras en mémoire. Tôt ou tard, tu finiras bien par changer les choses.
Il n’avait pas répondu à ma question.
– Et si elle refuse de m’écouter ?
– Avec d’aussi bonnes raisons, crois-tu qu’elle souhaitera continuer sur la voie de la haine ? Si tu le lui expliques bien elle ne pourra qu’être d’accord avec toi.
Je décidais de ne rien ajouter. C’est avec soulagement je vis ma maison apparaître au détour du virage. Victor stoppa son véhicule devant le portail.
– Merci beaucoup de m’avoir ramenée, fis-je en ouvrant la portière. À demain !
– Oui, à demain.
Il redémarra assez brusquement et disparut bientôt. Songeuse quant à cette soirée, je passai le pas de la porte.

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Sans aucune pitié, mon réveil sonna à six heures le lendemain. J’avais beau retourner chacun des éléments de ce que m’avait dit Victor tout en me préparant, il me semblait finalement naturel de me réconcilier avec Thelma. Pourtant, je n’arrivai pas à envisager cette entreprise d’un bon oeil. Quelque chose clochait, si seulement je savais quoi !
Cette fois-ci le tram m’attendait, sans âme, bondé. J’arrivai un peu en avance sur le campus enneigé, un peu effrayée, mais volontaire. Pour la première fois de ma vie, je cherchai Thelma, cachée dans la foule des étudiants.

Elle discutait, visiblement nerveuse, avec des personnes de son "clan" composé de gens qui me détestaient, cela va de soi. Je disposai de mon propre groupe, et tout ce petit monde se regardait en chiens de faïence l’année entière. Quels jeux puérils ! Peut-être cela allait-il changer ?
À ma grande surprise, Thelma s’interrompit à ma vue, et se dirigea dans ma direction. Un horrible soupçon me traversa alors l’esprit. Et si Victor lui avait parlé, à elle aussi ? Que lui avait-il dit ? Mes doutes se confirmèrent lorsqu’elle prit la parole.
– Ecoute, cela va te paraître déplacé, mais...tu ne penses pas qu’il serait temps de faire la paix ?
Les coïcidences étaient plus que troublantes. Ma pire ennemie vient me voir le jour même où je souhaite mettre fin à notre inimitié avec une requête identique. Je restai stoïque, tentant de deviner les intentions de notre cher "ami" commun. Soit l’altruisme de Victor dépassait la normale, soit - et cette hypothèse était particulièrement blessante - nous nous étions faites manipuler toutes les deux.
Thelma me dévisagea, incrédule devant ma mine cendreuse. Puis elle comprit. Elle devint aussi pâle que moi et souffla faiblement :
– Victor ?
Je hochai la tête.
– Qu’allons-nous faire ? Il a raison sur toute la ligne, nous n’avons aucune raison de nous détester.
– Ce serait le laisser gagner. Il compte sur ses arguments.
– Réfléchis, de toute façon il a gagné. Sommes-nous encore fâchées ?
Au fond de moi-même, je sus qu’elle disait vrai. Il nous avait si valablement convaincues qu’il nous était impossible de revenir en arrière. Etait-ce seulement souhaitable ?
Résignées à notre triste bonheur, nous allâmes en silence nous asseoir sur un banc débarrassé de neige, un peu secouées. L’atmosphère d’abord tendue se réchauffa au fur et à mesure de la matinée. À midi, Thelma et moi agissions comme deux vieilles amies.

Subsistait un point à régler. Je ne mis pas longtemps entre midi à trouver Victor, qui m’accueillit avec son sourire en coin.
– Tu avais tout prévu, commençai-je furieuse.
– Bien sûr, répliqua-t-il avec un aplomb incroyable, je vous ai manoeuvré sans aucune difficulté.
– Tu débarques dans nos vies sans prévenir, et tu nous réconcilies d’un coup de baguette magique ! Pourquoi ? Ce que tu m’as dit la veille ne me satisfait pas.
– C’est très simple. Oh, ce n’est pas par amour des autres, rassure-toi. Je souhaitais manipuler vos personnalités de façon à créer une amitié durable entre vous, contre votre gré.
– Ce que tu dis n’a aucun sens. Nous avons accepté de faire la paix, Thelma et moi.
– Ce que j’affirme est parfaitement censé, ta colère le prouve. Tu ne désires pas avoir Thelma pour amie, mais ma persuasion t’y force. Tu sais que j’ai raison, que mes arguments sont excellents et vrais. Votre lien est d’autant plus renforcé que vous êtes liguées contre moi malgré vous.
J’explosai, consciente de m’être faite dupée.
– C’est odieux ! Tu es la personne la plus fourbe qu’il m’ait été donné de rencontrer ! Sous tes airs d’ange se cache un froid calculateur sans scrupules qui achète les gens à coup de paroles sirupeuses ! Tu es détestable !
– Tu as entièrement raison, sauf à un égard.
– Lequel ?
– tu ne peux pas me haïr sans réserves. Mes conversations avec vous n’ont produit que des effets positifs, non ? Mes motivations seules n’étaient pas honnêtes. Vis-à-vis des autres, je deviens le bon samaritain qui a réuni deux ennemies de longue date. Vous n’avez personne vers qui vous tourner, comment vous plaindre d’une amitié sincère ?
Désespérée en découvrant l’ampleur du désastre, je lançai une dernière attaque.
– Combien veux-tu pour ce loyal service, traître ?
Je compris à sa réaction sarcastique qu’une fois de plus, il s’était joué de moi en m’amenant exactement où il l’avait prévu. Il exécuta le coup de grâce tranquillement.
– Ma chérie, c’était ta fierté contre la mienne. Chaque jour où Thelma et toi vous verrez, le souvenir de votre réconciliation forcée vous hantera. C’est ça le prix, tu l’as d’ores et déjà payé.

Twily, 21 juin 2001